vendredi 7 décembre 2007

En temps de guerre (prélude aux confessions)

Cher Journal, je ne t’ai rien dit, cachottier que je suis, mais la semaine dernière fut pour moi une semaine riche en émotions. Non, il ne m’est rien arrivé. Je ne t’ai pas menti en te disant que, ces derniers temps, il ne m’arrivait absolument rien, rassures toi, cher Journal. Non. Le genre d’émotions qui te submergent, t’envahissent, te chamboulent, juste comme ça. Pour rien. Tu sais… Les souvenirs.

Je suis si peu habitué à me remémorer les quelques traces que mon esprit conserve du passé que, lorsque des souvenirs enfouis décident subitement de surgir de nul part, je me retrouve comme paralysé, le cœur battant, le corps frissonnant, incapable de réagir. Je ne peux rien faire. Je suis en état de siège, ils m’entourent, frappent de toute part, en même temps, désordonnés et pourtant terriblement efficaces.

Les sons, les images, les odeurs reprennent vie. Les mots qui blessent, les lèvres qui soignent, les yeux qui hurlent « donne moi ton âme », les visages qui cachent « comme tu m’as déçu », tous m’enveloppent dans une vive étreinte, douloureuse et épuisante.

Oui. Les souvenirs sont des traîtres. Ils peuvent attendre, attendre, et attendre encore, tapies dans l’ombre de l’inconscience, guettant le meilleur moment pour me susurrer à l’oreille d’une voix méprisante : « Mais regarde toi… »

La semaine dernière, donc, cher Journal, ça m’est arrivé. J’ai été lâchement pris pour cible par cette vieille chienne capricieuse de Dame Mémoire. C’est que, à deux heures d’intervalle, j’ai par hasard retrouvé la trace de deux personnes qui, à leurs façons, me furent à une époque particulièrement chères. Mon premier amour d’adolescent (sur copaindavant.com) et mon premier Amour avec un grand A (sur facebook). Bien sûr, sur le coup, je ne te cacherais pas que j’en fus fortement ému.

Mais je savais que Dame Mémoire voudrait en profiter pour me noyer sous ses sermons, et je ne comptais pas me laisser faire. Il me fallait contre-attaquer pour éliminer rapidement ce surplus d’émotions totalement déplacé, sinon, Mémoire en profiterait pour libérer son armée de souvenirs fantômes au travers de la brèche…

C’est toujours comme ça. La jeune Émotion part en éclaireur, vicieuse et charmante petite mercenaire, tente de créer une ouverture, de percer mes défenses, et en cas de réussite, son employeur du moment (Dame Mémoire, Prince Souffrance ou Lady Manque, peu importe) en profite pour envoyer ses soldats envahir la ville fortifiée d’Âme & Conscience.

Dans ces cas la, mon preux chevalier Self-Control, malgré sa vaillance et ses neuf vies, se trouve bien démuni, face à la violence de l’attaque. Parfois, certes, le demi-dieu Schizophrénie répond à mes prières et me sauve de l’assaut sauvage de mes oppresseurs. Mais le prix à payer est alors souvent considérable…

Mais je m’égare. Cette fois, je voyais bien que Dame Mémoire voudrait m’envahir, et je décidais donc d’envoyer directement Self-Control pourfendre la belle Émotion, aussi agréable qu’elle put se montrer au premier abord.

A ma grande satisfaction, ce fut une éclatante victoire. Self-Control, aidé par ses fidèles compagnons – Comptine Mnémotechnique et Masturbation Le Barbare – écrasa l’ennemie. Nous étions victorieux. C’est du moins ce que nous pensions…

Car Dame Mémoire est une fine tacticienne. Émotion n’était pas envoyée pour ouvrir une brèche, ni pour infiltrer l’ennemi de l’intérieur. Non. Sa venue n’était qu’une manœuvre de diversion. Et, alors que nous étions encore ivres d’avoir trop fêté la victoire, c’est une armée considérable qui déboula par derrière. Pris par surprise et encore éprouvés par le combat précédent (Masturbation Le Barbare refusa même de prendre part à la mêlée, sous le prétexte fallacieux d’avoir trop mal au bras pour tenir correctement son épée…), il nous fut impossible de nous défendre. Nous étions vaincus.

Il faut dire que Dame Mémoire ne s’était pas contentée d’invoquer les souvenirs fantômes liés aux deux femmes dont je t’ai parlé précédemment, ami Journal. Elle avait aussi fait appel, en renforts, aux spectres de toutes les femmes qui ont croisées ma route. Sans exception. Impossible de stopper ce flot de souvenirs si douloureux. Toute ma vie sentimentale m’est revenue en pleine face, de A jusqu’à Z.

Et Dame Mémoire se moquait, ne cessait de se moquer. Elle riait, sermonnait, ironisait, triomphante, emplie de cette joie malsaine qu’entraîne la domination totale de son adversaire.

Et moi, je ne t’ai rien dit, je t’ai tout caché, à toi Journal, pourtant censé être mon confident officiel. J’ai préféré de poser des « questions d’aspirants geek », et te décrire de la manière la plus absurde possible la figure de la bordelaise. Mais soit indulgent, compagnon. L’assaut fut violent, et mes si belles maîtresses Inspiration et Sincérité n’ont pas été épargnées.

Souviens-toi déjà, le week-end dernier, comme j’ai dû combattre avec acharnement Lady Manque et Lord Ressentiment. La victoire, tu le sais, à bien faillie me glisser entre les doigts, ma compagne et amie de toujours, Patience, échappant de peu à une tentative sournoise d’assassinat…

Oui, ami Journal. Ce sont des heures bien sombres que traverse le royaume d’Âme & Conscience. Je ne peux pas te raconter par quels arrangements j’ai repris possession de mon territoire. La politique, tu sais, et ses nécessaires secrets… Mais depuis, je m’en confesse à toi, car ton oreille attentive m’est presque devenue nécessaire : Depuis, quelque chose me tracasse.

Parfois, pour aggraver les blessures, Dame Mémoire n’hésite pas à me mentir. Elle déguise ses hordes de souvenirs. Elle les travestit. Juste pour m’atteindre plus profondément. Mais cette fois, tout était vrai. Chaque moquerie, chaque remarque acerbe, chaque attaque était justifiée. Vérité, que je courtise depuis toujours, Vérité à qui j’ai toujours tenté d’être fidèle, Vérité m’a trahis et a rejoint l’ennemi. Les séquelles en seront profondes et durables, crois-moi. Toi, au moins, je connais ta loyauté sans faille.

Demain, ou dans les jours qui viennent, je te détaillerais chaque assaut que j’ai subit, lors de cette terrible guerre. Et tu verras à quel point le royaume peut avoir honte de certain de ces méfaits. A quel point certaines pages de notre Histoire sont loin d’être glorieuses. Et tu verras comme, en secret, le royaume a souffert.

Allons, ne prend pas cet air offusqué. Si tu n’es pas au courant, c’est juste parce que tu n’étais pas encore né, à l’époque. Mais pour l’heure, je dois te laisser. Il me faut bien faire acte de présence auprès de la cours, cher Journal. Sinon, le peuple s’inquièterait.

Reste à disposition, toutefois : Ton Roi reviendra très bientôt, et il n’apprécierait point de devoir tolérer une nouvelle fois la compagnie de ce laquais Internal Server Error à la place de la tienne, sache le. Ta fonction est indispensable, mais tu n’es pas irremplaçable, mon ami. Garde cela en mémoire, et sache qu’en dépit de tout, c’est toujours moi qui gouverne, ici…

1 commentaire:

Romain Duris a dit…

KIKOU !

J'suis tombé ici via le blog de Num !

J'aime beaucoup !!!

Bonne continuation !